La peur, la haine

Je rumine, je grogne, je bous,  J’AI LA RAGE

La colère s’est emparée de moi et ne me lâche plus. On dirait un parasite tenace, une présence malfaisante. Je me sens possédée.

Pourtant, j’avais retrouvé un équilibre et je menais nombre de projets tambour battant. Ma forme était de retour, je m’étais remise au sport, je m’investissais corps et âme dans mon nouveau poste, je gérais 10 000 choses à la maison et j’essayais de retrouver ma complicité avec mon homme.

Et puis cette vilaine ombre, cette plaie a refait surface. Je me prends à angoisser, tout me semble sombre, j’ai la nausée. Depuis que j’ai revu mon gynéco pour programmer mon dernier transfert, la seule chance qu’il me reste, je déraille, je dérape, tout m’échappe.

Pma,je te hais !!  De me rappeler qu’on me juge trop vieille pour avoir un enfant.

Que mon corps n’a su mener aucune des 3 grossesses au bout. Qu’en plus de 3 ans, pas l’ombre d’une grossesse naturelle. Qu’il me reste une seule chance et que le pire m’attend peut-être.

La peur, les doutes me font vaciller. Mon parcours pma a été si douloureux que je redoute d’y retourner. C’est viscéral cette peur, je n’arrive pas à la contrôler. La vacherie de la mémoire du corps. Tout m’effraye.

J’en viens à me demander si je vais faire cette dernière tentative.

Je m’enfonce jour après jour.

Peur de ne pas avoir d’enfant.

Peur de faire une fausse couche, ma 4ème.

Peur d’un accouchement prématuré.

Peur d’une interruption médicale de grossesse pour cause de handicap.

Peur que cet enfant arrive et ruine notre fragile équilibre.

Peur que mon mec se barre soit parce que ce bébé ne viendra jamais, soit parce qu’il n’assumera pas (je l’ai vécu avec le père de mon fils ,je sais de quoi je parle)

Peur que mon fils soit malheureux de ne jamais avoir de frère/ soeur, ou qu’il n’accepte pas cet enfant s’il arrive

Peur de ne pas réussir à gérer un bébé à 45 ans.

Je m’englue dans la peur, je me liquéfie dans ma trouille un peu plus chaque jour.

Plus je descends, plus j’en veux à mon homme. Il ne m’aide pas, il me met tellement la pression pour être toujours  plus forte que je me ratatine encore plus. Il ne comprend pas. J’ai besoin de lui, il ne voit rien. Pire, il en remet une couche. J’en viens à le détester et nous nous éloignons de jour en jour.

Quel paradoxe ! Nous n’avons jamais été aussi près de faire cette dernière tentative et je me demande si mon couple va tenir. Je me demande d’ailleurs ce qui retient cet homme, c’est dire l’image déplorable que j’ai de moi.

Plus les jours passent, plus ma haine monte. Je m’en prends clairement à lui, car certainement, au fond de moi, je le juge coupable.

Coupable d’avoir trop attendu pour que nous essayons d’avoir un enfant. Coupable de ne pas avoir arrêté de fumer. Coupable de trop faire la fête et picoler. Coupable d’avoir toujours voulu brûler la vie par les deux bouts.

Voilà, le retour de la pma a sonné l’heure du retour des angoisses, des larmes qui ne sont jamais loin

Putain ça aurait été tellement simple si ce bébé était arrivé vite et naturellement.

Je ne peux plus supporter cette non-maîtrise.

J’ai la haine.

Je suis à deux doigts de tout lâcher.

La pma finira par avoir ma peau.au-bord-du-vide

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25 réflexions sur “La peur, la haine

  1. Ohh mamzellefleur, comment ne pas comprendre ce que tu vis, ces angoisses, ces doutes, cette peur qui paralyse..
    Tu n’es pas seule à ressentir tout cela, perso c’est en allant enfin voir une psychologue que j’ai pu aller mieux.
    J’espère que les jours à venir te seront plus doux.
    Des bécots!

    • Merci pour ton empathie. Je revois ma psy dans 2 semaines, je crois qu’il va y avoir matière à travailler.
      J’ai lu ton dernier post sans savoir quoi écrire. Je sais que tu mesures la valeur de ce miracle. Bisous

  2. Toutes ces peurs sont on ne peut plus compréhensibles.
    Je t’envoie tout plein de câlins tout doux dans lesquels tu peux tout déverser, te vider, pour enfin respirer un peu.
    Je compatis à bien des choses, et notamment à ce sentiment d’en vouloir à l’autre parce qu’il veut brûler la vie par les deux bouts… je connais trop bien tout ça et le vis de plus en plus mal (mais j’évite d’en parler sur mon blog, car il le lit parfois… alors j’en profite pour me lâcher un peu chez toi 😉 ).
    Avoir la haine, c’est aussi une force. Ne lâche pas, la PMA n’aura pas ta peau.
    Je t’embrasse fort, fort, fort.

    • C’est le seul espace où je peux tout dire et mon homme ne lit jamais. Merci , en tout cas, de me dire que je ne suis pas la seul à en vouloir à mon homme car parfois j’ai l’impression d’être une extra terrestre. Bises

  3. dur dur… elle est terrible cette inégalité dans le couple face à l’attente et aux traitements car génératrice de tensions, de reproches plus ou moins larvés. Les mots sont peu de choses mais sache que je suis de tout cœur avec toi dans cette épreuve totalisante qui nous détruit tant pour espérer tant… je t’embrasse fort.

    • Nous n’avons jamais vécu les traitements, les complications et surtout les fausses couches de la même façon lui et moi. Ce qui me plombe, c’est cette mémoire corporelle qui se charge bien de me rappeler tout ce que je peux vivre d’atroce. Lui a forcément plus de recul, il sait qu’il ne souffrira pas physiquement. Je hais vraiment tout ça, il est grand temps que tout ça se termine.J’espère que tu auras plus de chance que moi avec tes 5 blastos. Bises

  4. Je me souviens avoir ressenti cette angoisse lorsque nous avions programmé le transfert du dernier blasto. Tant qu’il était au frais, tout n’était pas terminé. L’espoir, les jours où je ne me sentais pas trop déglinguée avec mon utérus pourri. Et là, nous nous retrouvions au bord du précipice, avec une date de mort annoncée ( parce que ça n’allait certainement pas marcher). J’ai également ressenti de la haine, pour cette saloperie qui m’a déformée le corps, pour la France qui refuse la mère porteuse dont j’aurais eu besoin pour faire grandir notre enfant. La haine envers moi de m’entêter à vouloir un bébé. L’angoisse d’avance à cause du traitement qui est lourd. La peur de tout ce que tu dis , IMG, GEU,FC…La haine de comprendre combien un autre choix, l’adoption, était tout aussi inaccessible à moins d’accepter d’attendre des années un enfant âgé et fort mal en point. La haine de refuser un enfant âgé et malade.
    Mon homme me soutient et m’admire à 100% lorsqu’il me voit affronter les piqûres, les comprimés, les anesthésies et le bricolage d’utérus tout en gérant le boulot. Du coup, l’angoisse est apaisée. A la dernière tentative, nous avons essayé de planifier sereinement, prévoir des soirées sympas, calmes, et mes petits infirmiers à domicile pour me dorloter. J’ai laissé tomber le côté guerrière inépuisable.
    Tu angoisses avant même d’avoir recommencé le protocole. Tu as besoin de ton homme, dis-le lui. Ne joue pas à la femme trop forte ( même si on n’a pas trop la possibilité de flancher une seconde). Et continue encore un peu le sport, pour évacuer… Gaffe à ne pas trop souffrir et faire souffrir ton chéri.
    Je suis en plein traitement après une énième AG ( la 16ème?) . Ouverture de col et levée de synéchies. Patchs, Provames, ovules… Et on me dira si je suis apte à continuer et à jouer encore une fois . ( don en Espagne). Je suis sous pression, mon endometre doit bien réagir, devenir un beau nid sans se coller sur lui-même . Je dégouline d’ovule, j’ai un gros bide…je me déteste pour 10 000 raisons mais j’irai jusqu’où on me dira stop.
    Toi, c’est peut-être toi qui dira stop. C’est peut-être un atout? La maîtrise du choix?
    Je te souhaite malgré tout de faire cet essai dans la sérénité, et de ne pas le regretter quelqu’en soit l’issue.
    Bisous vitalisants et apaisants.

    • J’ai la chance d’avoir déjà un enfant et cela change tout. Après cette tentative, je fermerai définitivement cette page de ma vie et je renoncerai à essayer d’avoir un enfant.Parce que e suis arrivée au seuil de ce que je peux endurer et que j’ai eu trop peur pour ma santé, voir ma vie pour continuer de m’exposer.
      Mais je comprends infiniment que tu t’entêtes. J’espère que ton traitement fonctionnera et que tu pourras aller jusqu’au transfert.
      Quant à moi, l’angoisse retombe peu à peu, je me prépare doucement à replonger dans le grand bain.
      Mon homme a entendu mes peurs et les choses se tassent, un peu. J’essaye de retrouver mon calme et je ralentis un peu mon rythme. Merci d’être là, c’est si précieux de savoir qu’on me comprend. Je t’embrasse.

  5. Ça fait mal de lire tant de détresse dans ton article. Tout est justifié, tes craintes sont légitimes. Donner des conseils serait mal venu sans connaître ou meme etre dans ta situation, cependant tu peux être certaine qu’ici on te comprend, et du mieux que l’on peut, on te soutient à 10.000%
    Courage. Tant que tous les moyens ne sont pas épuisés, il y a de l’espoir. Ne rien lâcher ! Tu es forte mais tu as le droit d’avoir des moments « sans ».
    De tout mon cœur, je te souhaite que cette tentative soit en effet la dernière car un petit bout de vous verra le jour à son issue. 😘

    • Tes mots me touchent.J’écris souvent pour me soulager, mais je veux aussi pouvoir témoigner. Arriver au dernier essai, c’est ce que nous redoutons toutes. Merci d’y croire encore même , de me rappeler qu’il reste un espoir. Bises

  6. Coucou ma jolie Fleur. Tes angoisses, on les comprend. C’est courageux de ta part de les avouer.
    J’ai envie de croire que cette fois sera différente, tu as tout fait pour en tout cas.
    Plein de pensées ❤

  7. Comment ne pas avoir peur? Comment ne pas détester ce qui nous transforme et nous use? C’est tellement difficile à accepter… Tu es forte, et je pense sincèrement que tu n’as pas/plus besoin de le prouver, alors si la colère, la tristesse et la peur te submergent, prends ton temps, à un moment ou à un autre, tu les vaincras. Je t’envoie plein de courage, de bisous, de câlins et de doudouces pour la suite du chemin ❤

    • Comme tes mots sonnent juste à mes oreilles.Tu as raison, et c’est ce que je fais: Je prends mon temps, j’essaye de calmer mes angoisses. Il faut, à tout prix, que je fasse cette tentative en étant la plus zen possible. J’espère que toi aussi tu tiens le coup. Je me rappelle encore que nous avions fait une fiv presqu’en même temps, cela va faire bientôt 2 ans…Prend soin de toi.

  8. Je suis vraiment désolée pour toi mamzellefleur de te lire si mal. Mais en même temps cette dernière tentative signe la fin de beaucoup de projets, d’espoirs et je crois qu’il est normal de craquer, d’avoir peur, d’être en colère. En colère parce que la vie est injuste, parce que c’est subir encore une épreuve dont tu n’es absolument pas sûre du résultat. Et peur bien sûr car quel que soit le résultat, il ne sera pas sans conséquences, sans appréhensions quant à la suite.
    J’espère que la consultations prochaine avec la psy te fera du bien, que tu sauras mettre les mots sur toute la souffrance que tu dois gérer.
    J’espère également que tu réussiras à surmonter cette nouvelle épreuve, que votre famille, votre envie de vivre ensemble demeure.
    Je t’embrasse fort mamzelle et tiens-nous au courant surtout.

    • Un grand merci Mouchette d’avoir pris le temps, en pleines vendanges, de m’écrire ces mots. C’est exactement ça, tu comprends parfaitement la situation. Je ne sais pas de quoi demain sera fait, je me sens au bord du vide, comme sur la photo.Mais après tout, la vie c’est toujours ça, non?

      • De rien mamzelle.
        Oui, je crois aussi que c’est ça la vie. De devoir prendre des décisions qui ne seront pas sans conséquences importantes. J’espère que tu as pu un peu avancer depuis.
        Bisous.

  9. Oh comme je te comprends ! Je suis passée par là aussi, de nombreuses fois. Ces peurs me semblent normales, l’issue on ne la connait pas, c’est un peu la loterie… Mais comme le dit Mishqui, tu as mis toutes les chances de ton côté. C’est la psy qui m’a fait tenir, du moins en partie, j’espère que la tienne saura t’apaiser un peu. Je pense bien à toi. Des bises de soutien.

    • Pour moi l’issue est assez prévisible. 3 blastos transférés, 3 débuts de grossesse, 3 fausses couches. Je sais que j’ai un risque énorme qu’il se produise la même chose. Le dernier blasto est le plus moche, un J6. Mais il faut que j’essaye. Je n’ai pas fait tout ça pour détruire cette vie en dormance sans lui laisser sa chance. Je redoute les douleurs, le chagrin, le mot fin qui enterrera définitivement notre projet de couple.
      Merci de ton soutien. Je t’embrasse.

  10. Je suis triste de te lire si bouleversée!

    Je m’imagine aussi parfois comme toi au bord de la dernière tentative celle de la dernière chance et c’est angoissant… Je fais reculer cette angoisse comme je peux, avec de la sophrologie surtout! ça va mieux depuis que j’ai fait du dépassement d’obstacle, je me suis imaginée dans 20 ans sans enfants mais heureuse quand même, de transmettre autrement, de m’occuper des petits de mon entourage. ça m’aide beaucoup, mais il n’y a pas de recette universelle

    avec mon mari on a fait une retraite avant de nous marier et on a appris à s’écrire avec bienveillance sur des sujets qui nous touchent. ça nous aide en cas de coup de dur, d’avoir un espace pour se parler sans être interrompu. Ce sont comme des lettres d’amour où on parle surtout de notre ressenti… c’est peut-être une piste

    ton centre ne propose pas de suivi psy?

    • ton idée est intéressante, mais autant j’aime écrire, autant mon homme non. Mais j’ai une psy qui me suit depuis 2 ans et demi, je la revois d’ici peu, elle devrait m’aider comme toujours. Ce coup-ci, je ne m’y attendais pas en fait. Car j’espérais depuis un moment pouvoir faire cette tentative et je n’imaginais pas que programmer le protocole me mettrait dans un tel état. Mais cela se tasse doucement. Bises

  11. Mzelle fleur…comme je te comprends…je suis dans le même état que toi. Toujours en colère, aigrie, apeurée par la suite.
    Ne sachant quoi faire pour le moment je ne fais rien…comme si ne pas agir recule le malheur….tout comme toi j’ai la rage. Je me réveille triste et me couche triste. Ma vie semble meurtrie par ce manque, ma vie n’a pas de sens pour moi. J’ai fermé définitivement la porte de la chambre qui etait destiné a ce futur bébé. Cela fait presque 6mois que je n’y entre plus.
    Désolée j’aurai aimé te remonter le moral autrement que par mes lamentations…je compatie infiniment a ta douleur

    • ma chère Flipette, Comme je suis triste de te savoir si mal. Mais je suis quand même contente d’avoir de tes nouvelles car tu ne donnais plus de nouvelles depuis mi juillet (je t’avais écrit sur gmail). J’espère que l’avenir sera plus serein pour toi.
      Moi la colère est retombée, je vais mieux. Mais j’ai mon fils et je sais que cela fait toute la différence.
      Je pense fort à toi. De gros bisous !

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