Envier, avoir envie…ou pas…

Depuis début août, j’ai décidé d’arrêter la PMA.

Après une fiv avec complication (torsion d’ovaire et opération en urgence), une Fiv ICSI  et un TEV, tout ça concentré sur  6 mois. 3 échecs tous plus violents les uns que les autres. En tout, avec les réjouissances pré-fiv (hystéroslapingographie, coelioscopie exploratrice, rdv en tout genre…), 10 mois de torture physique et morale. 10 mois éprouvants pour notre couple. J’ai fini à genoux, exsangue, minable. Je suis arrivée au maximum de ce que je pouvais endurer.

J’ai eu la sensation de m’empoisonner, de contrarier la nature avec des cycles artificiels, et surtout me faire (nous faire) mal pour rien. C’est comme si une petite voie intérieure me disait que je ne prenais pas le bon chemin. Que j’allais même à l’encontre de mon projet. J’ai donc tout arrêté.

Depuis, j’ai retrouvé de la sérénité, de la confiance en la vie, du bonheur. Et je n’ai pas renoncé pour autant à avoir un enfant avec mon homme.

Mais ma confiance défaille, parfois.

Parce qu’il y a mon âge.

Dans 5 mois, je n’aurai plus de prise en charge. Aurai-je suffisamment de confiance en la vie pour ne pas retenter une dernière fiv? (comme le conseille le gynéco).Je souhaiterais vraiment y parvenir, mais je redoute encore ce tic tac qui me met encore un peu la pression. Pour ne pas vivre sur des regrets, plus tard, si nous n’avons pas d’enfant ensemble.

Et au delà de la PMA, mon âge me pose de plus en plus souvent question. Je sais que nos chances sont bien minces, statistiquement du fait de mes 42 ans, même si elles sont réelles. Je sais que les risques de fausse-couche, hypertension, diabète, handicap, prématurité sont bien plus élevés. Et le handicap je connais, je bosse dans ce milieu. Je sais aussi que je suis moins résistante qu’il y a 10 ans et parfois j’ai peur, si j’ai un bébé, de ne pas réussir à gérer la fatigue, les contraintes, le changement de vie.

Je suis très partagée. D’autant que mon homme lui, du haut de ses 29 ans, a toujours très envie de cet enfant. Et pour cause, il n’est pas papa, alors que moi j’ai déjà donné la vie.Je voudrais lui faire connaître ça. Et aussi avoir la chance de vivre une fois une maternité heureuse (au lieu devoir assumer, presque 9 ans après, l’immaturité du papa de mon fils)

Bref, j’ai envie et  peur en même temps. Je me protège je crois. De l’échec. Je trouve des raisons de me dire que c’est peut-être mieux si ça n’arrive pas.

Et en même temps, j’en crève parfois d’envie.

Quand je me retrouve à la maternité car l’associé de mon homme vient d’être papa. J’ai respiré profondément avant d’entrer pour ne pas pleurer. Voir cet homme avec sa fille dans ses bras, mon dieu que ça a été dur ! Voir sa femme l’allaiter… Voir leur bonheur et me demander pourquoi c’est si simple pour les autres et pourquoi nous on n’y a pas droit.

Quand une de mes collègues est enceinte et se pavane toute la journée avec son sourire béat et son ventre qui s’arrondit de jour en jour

Quand je me retrouve un vendredi à ikea avec toutes les femmes enceintes de la ville (non mais elles se sont toutes données rdv là ou quoi?)

Quand je lis qu’une pmette est enceinte (et ça n’empêche pas que je sois ravie pour elle)

Oui je les envie. Et ça me tord le ventre de me sentir si vide, si inutile, si vieille…

On parle parfois de jalousie. Cela me semble fort et connoté très négativement. Non je ne suis pas jalouse. Envieuse oui. Et pourquoi cela est-il si tabou ou interdit ? N’êtes vous jamais envieuses ?

Ces grossesses viennent me rappeler ce qu’il me manque et que j’essaye d’oublier. Elles viennent réveiller mon désir d’enfant. Elles me renvoient mes échecs, ce vide insupportable, cette injustice.

Alors oui je l’assume. Je suis souvent envieuse. Je me dis qu’elles ont beaucoup de chance. Que moi, malgré tous les efforts, mon ventre n’arrive plus à porter la vie.

Qu’il est difficile de lâcher totalement prise et de juste faire confiance à la vie. D’accepter sereinement ce qu’elle nous donnera ou non.

Pardon pour ce post un peu gris, mais j’avais besoin de mettre en mots mes doutes et mes craintes.

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16 réflexions sur “Envier, avoir envie…ou pas…

  1. A vrai dire, envieuse, jalouse, ou ce que tu veux, je crois qu’en tant que PMette ou que femme n’arrivant pas à donner la vie, nous l’avons toutes été. En tous cas, je l’ai été. Je le suis probablement encore, parfois, mais, avec le temps, l’acceptation de mon infertilité et le bien-être auquel je suis arrivée à accéder, je le suis « moins ». J’ai même réussie à me réjouir sans arrière pensée pour une de mes amies, enceinte de BB2 en C1 (faut dire que c’est une chouette amie aussi). Bref, tout ça non pas pour étaler ma vie, mais pour te dire : ta réaction est normal, et oui, on peut arriver à l’être moins « envieuse », mais on le sera toujours un peu quand même. Ca se soigne, mais ça ne se guérit pas complètement 😉
    Je te souhaite du courage, et surtout de trouver ton bien-être à toi. Quel qu’en soit le chemin. Des bises.

  2. Je comprends d’une part ton désarroi mais aussi ton « ras le bol de la PMA contre nature ».
    Je suis également dans cette phase depuis quelques temps. MisterMoi rêve de faire la prochaine FIV et moi je n’en ai ABSOLUMENT pas envie.
    Je pense qu’il faut faire ce que ton coeur te dicte, se rendre malade avec tous ces protocoles (autant physiquement que psychologiquement), à mon sens, ne peut pas favoriser un nid douillet pour que s’installe bébé.
    Ce n’est que mon avis mais étant dans cet « état » de lassitude j’estime qu’il faut laisser le temps au temps.
    Bises

    • Je vois qu’on se rejoint sur  » la PMA contre nature ». Tu as raison d’y réfléchir, de ne pas refaire une fiv maintenant si tu n’y es pas prête. Moi, je n’ai plus trop le temps justement, c’est bien ça mon souci…

  3. L’envie, je pense qu’on connaît toutes oui.. la honte qui en découle aussi..
    Tu as raison de nous parler de tout ça, ton article n’est pas gris, il est vrai. Comment peut-ton lâcher complètement prise? Accepter est sans doute possible, par moment, mais renoncer complètement, je ne pense pas.
    Pour la Fiv, tu te donnes jusqu’à quand pour prendre une décision? Ton homme, il en dit quoi?
    Des bises

    • Honte non. Mal à l’aise oui, avec les jeunes mamans ou femmes enceintes de mon entourage. Je me sens fausse. Pour le moment, on a décidé de ne rien faire au moins jusqu’à la fin de l’année. Si je dois refaire une dernière fiv, ce sera en janvier. Mon homme lui est contre, dit que depuis le début il en croît pas que la médecine est la bonne voie. Qu’il faut lâcher prise complètement et que c’est là que ça arrivera peut être.

      • Je comprends.. Moi j’ai honte quand je ressens de l’envie.. C’est bien que ton homme ne te mette pas la pression. Je sais qu’il y a des accompagnements sophro ou autre pour lâcher prise tout en faisant une fiv. Ça peut être la solution, de conjuguer les deux (la science et le lâcher prise) et ainsi n’avoir aucun regret.. Tiens nous au courant! Biz

  4. Je trouve ça très positif d’avoir le courage d’exprimer tout ce que tu ressens, alors ne t’excuse pas !! Evidemment que tu allais repasser par ces phases de doute, de peur et d’envie… Et c’est pour ça que je te disais de les accueillir.
    Maintenant, j’ignore si tu l’as déjà évoqué, mais au-delà de cette dernière FIV en France, n’avez-vous jamais envisagé l’étranger…? Les limites d’âge sont dans certains pays plus élevés il me semble, non?
    Certes, ça a un coût (argent, énergie, temps…). Mais si vraiment le désir est plus fort que tout, alors peut-être que vous devriez envisager toutes les possibilités, sans vous mettre la pression du temps qui passe? Bises.

    • Aller à l »étranger je l’ai envisagé. Mais je n’ai pas le courage, ça me semble bien compliqué et mon homme y est totalement opposé. De plus, je sais surtout qu’étranger ou pas, la fertilité baisse beaucoup après 38 ans et les résultats sont quasi nuls après 43. Il y a un âge où il faut se résigner.C’est pour ça que je sais que tout se joue dans les 6 mois qui viennent…

  5. Je crois que ce sentiment est humain…J’aime la différence que tu apportes entre jalouses et envieuses…C’est vrai qu’on a envie de cette facilité, de ce bonheur là, de cette sérénité…
    Courage pour la suite des événements…

    • La jalousie c’est porteur de quelque-chose de malsain, comme si l’autre n’était pas légitime dans son bonheur. Ce qui n’est pas du tout mon avis. Moi je me sens plutôt comme une femme au régime qui voit les autres manger sans prendre un gramme de gros gâteaux ! Je les envie !

  6. C’est naturel d’avoir le cœur qui se serre face au bonheur des autres. Certaines pmettes ont la chance d’y être arrive mais certaines sont réparties le ventre vide et le cœur lourd. La Pma c’est une gigantesque loterie et je suis bien placée pour savoir que d’être privée de la maternité est une injustice énorme. Dans ton cas c’est différent (je ne dis pas moins dur, différent ne veut certainement pas dire facile!), car tu portes avant toute chose la culpabilité de ne pas faire de ton conjoint un père. Et derrière ça doit de cacher l’angoisse qu’un jour il te quitte pour faire un enfant avec une autre… En tout cas moi j’ai eu peur que ça arrive….
    Ma devise a toujours été d’avoir des remords et non des regrets car ils ont trop de pouvoir sur nous et peuvent tout anéantir. La peur n’évite pas le danger. Si tu en envie il faut y aller. En 5 mois tu as encore deux tentatives et après il y aura l’étranger. Mon avis est purement subjectif je n’ai pas la prétention de faire la leçon a qui que ce soit (je serais bien mal placée) c’est juste ce que je ferais MOI.
    Écouté ton cœur jolie Fleur, au fond de toi tu sais ce que tu souhaites…

    • Tu as raison, pour moi c’est différent, car je suis déjà maman. Même si ce désir d’un enfant avec mon homme, d’un deuxième pour moi, est au moins aussi fort que pour le premier.
      J’ai cette crainte, effectivement, qu’un jour mon homme vive mal cette non paternité. Il n’a pas 30 ans. Il semble sûr de lui, dit qu’il ne me quittera pas pour ça, mais que dira-t-il quand il aura 40 ans ? Comment le vivra-t-il?
      2 tentatives, je n’en ai pas le temps. 1 seule est encore possible.
      En toile de fond, mon autre peur , c’est de vieillir bien trop vite. Je pense déjà à la ménopause et ça me donne envie de hurler, quand moi je me sens encore très jeune !
      Si j’écoute mon coeur, il me dit que je n’ai pas envie d’un bébé éprouvette. Je n’ai pas envie de concevoir un enfant comme ça avec mon homme.Mais est-ce que je fais le bon choix de laisser les cartes à Dame Nature??

      • Je ne voulais pas remuer tes inquiétudes ma jolie fleur… Mais oui comme je te disais nos situations sont différentes dans le sens ou il est difficile pour moi de me mettre a ta place. On se rejoint que ce désir d’enfant que tu en aies déjà ou pas il te prends aux tripes. Dans ton cas plein de choses se greffent en plus. Bref tu fais de ton mieux, et c’est bien que tu arrives a en parler.
        Si ton cœur te dit de laisser faire la nature et si ton homme est d’accord, fonce ma belle…. Tu ne regretteras pas si tu suis ton intuition…

  7. Je te lis bien tardivement. Mais oui je pense que nous sommes toutes envieuses et même jalouses par moment. Ça me semble normal et humain. On ne peut pas espérer que voir les autres s’épanouir alors qu’on souffre ne nous touche pas. Il faut cesser de culpabiliser. En tout cas moi j’essaie. Et j’y parviens quelques fois. .. non sans peine. J’espère que tu trouveras TA route et Ton cap bientôt. Après ce que tu as enduré il est normal de vouloir dire stop. Courage.

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