Parler ou pas de la PMA ?

Voilà une question qui me trotte dans la tête depuis le début.
En parler ou pas ?
 

Au début, moi et mon homme avons pris le parti de TAIRE nos difficultés.

Pourquoi ?
Parce que la question de la procréation et d’un projet bébé est pour nous très intime. C’est une affaire privée qui ne concerne que le couple. Je ne suis donc pas du genre à crier sur la place publique  « Youhou, on essaye d’avoir un bébé ! »
Pour ne pas nous mettre une pression supplémentaire. Car viendront inévitablement les questions indiscrètes : « Vous en êtes où ? » «ça fait combien de mois que vous essayez ? » et le côté compétition avec les couples qui essayent aussi.
Parce qu’en parler c’est un peu se mettre à nu, en tout cas avouer ses faiblesses. Non pas qu’on soit coupables, bien évidemment, mais laisser entrevoir une part douloureuse de notre vie c’est s’exposer.
Parce que c’est très impudique. On n’avait pas envie d’étaler nos analyses biologiques, d’expliquer dans le détail que le sperme de mon homme n’est pas au top, que mon âge me rend très peu fertile, qu’on a fait un test de survie, des contrôles HIV, clamydiae et j’en passe….
Parce qu’on croit encore que la chance peut nous sourire, qu’une grossesse spontanée va arriver ou en tout cas que bébé va vite pointer sa frimousse.
Parce qu’on n’est pas encore dans les traitements lourds et que ça se gère.
Pour éviter les jugements qui pourraient nous heurter. Parce qu’inévitablement, la question va revenir sur mon âge à moi (mes 42 printemps)
Un exemple qui m’a foudroyé sur place d’une personne dont on attend normalement du soutien (ma maman)
 « Pourquoi tu veux un enfant à 42 ans, maintenant que tu es tranquille ? (mon fils a grandi).C’est un vrai désir ? »
J’ai eu envie de répondre:  « Ben non c’est un désir pour de faux, avec mon homme on s’emmerdait, on s’est dit, tiens si on faisait un bébé, mais t’as raison, on va plutôt acheter un chien ! »
Ce n’est pas comme si j’avais refait ma vie, et qu’on s’aimait…
Ce n’est pas comme si mon homme n’avait jamais eu d’enfant, et qu’on avait envie d’être une vraie famille (pas avec 3 noms différents sur la boîte aux lettres, le mien, celui de mon fils,et celui de mon homme) avec un petit frère ou une petite sœur pour mon fils unique.
Ce n’est pas comme si on n’avait pas envie de prouver à la terre entière que notre écart d’âge (13 ans) est un détail, que l’essentiel de notre bonheur est ailleurs.
Et pourquoi il faudrait qu’on se justifie au fait ?
Ca, c’était au début. Avant la première hospitalisation (10 jours de convalescence) et les premières galères pour moi.
Pourquoi s’est-on mis à EN PARLER ?
Parce que cela devient un secret lourd à porter, que nos inquiétudes grandissent, que le temps passe. Et quelques mois quand on a passé la quarantaine, c’est quelques mois que l’on a plus, que l’on n’aura pas pour refaire une autre tentative. Alors parler ça soulage.
Parce que la lourdeur des traitements ne permet plus de faire semblant ni de vivre normalement.
Parce que sinon il faut mentir sans cesse pour cacher les choses et, à force, on s’embrouille et ça semble louche. Parce que mentir c’est épuisant, faire semblant c’est éreintant. De l’énergie, on n’en a pas à gaspiller.
Parce que les vrais amis se rendent bien compte qu’il se passe quelque-chose de lourd, de douloureux dans notre vie et qu’ils veulent nous aider, alors ils arrivent à nous faire parler.
Parce que 6 semaines d’absence au travail, ça ne passe pas inaperçu.

Parce que je trouve le moyen de faire une complication de la FIV (torsion ovarienne) chez ma maman et qu’une ambulance ce n’est pas facile à planquer !

Parce qu’on a besoin de soutien après l’échec pour nous aider à nous relever.
A qui en parler ? (dans le désordre)
 
Aux ami(e)s, mais pas à celle qui a fait 5 ans de PMA et qui a renoncé, ni à celle qui est enceinte de 3 mois. Finalement, je constate que les meilleures oreilles sont celles qui ont déjà vécues ou vivent des choses similaires (fausse-couche, difficulté pour être enceinte, maman qui a adopté)
Aux PMettes évidemment, dont les blogs m’ont souvent éclairé, donné une lueur d’espoir ou dont le parcours si dur m’a fait relativiser le mien (j’ai l’immense bonheur d’avoir déjà un enfant, même s’il n’est pas de mon homme)
A la famille ? Oulala sujet très délicat !
Ma maman ne voulait pas en entendre parler, ne posait pas de question, et a été projetée brutalement au coeur de la FIV via la torsion (cf plus haut). Elle est du genre inquiète, n’aimait déjà pas la pilule, alors la PMA ! Elle a cru que j’allais mourir ce jour-là alors je ne compte pas sur son soutien si je devais refaire une autre FIV.
Mes beaux-parents ? Mon homme a  évoqué le sujet à demi-mot, en expliquant mon absence imprévue pour cause d’hospitalisation en urgence suite à une stimulation. Ils restent muets sur le sujet.
Mon frère est compréhensif mais vit très loin et a fait lui-même le deuil d’un enfant pour d’autres raisons.
Ma belle-sœur ? Elle a finit par faire parler son frère, ne comprenant pas pourquoi nous étions si indisponibles (en plein protocole). Elle nous soutient et se soucie beaucoup de ma santé. Elle est positive.
Mon fils ? Alors là, la réponse est définitive. Pas question de lui en toucher un mot, même s’il est de plus en plus difficile d’expliquer pourquoi je vais faire tant d’examens et suis si souvent « malade ». Etre enfant de parents séparés lui fait suffisamment de mal, pas question d’en rajouter. Il rêve de  ne plus être enfant unique, je ne veux pas lui donner un faux espoir. Il n’a pas l’âge d’assumer ça.
Aux collègues? Oui quand on est suffisamment proches et que cela peut nous apporter de l’aide, sinon surtout pas selon moi, il ne faut pas tout mélanger et le boulot permet de penser à autre chose. Se préserver un endroit où l’on est autre chose qu’une femme qui essaye d’avoir un enfant.
A un psy ? Mille fois oui parce qu’il y a des pensées inavouables, des angoisses qu’on ne veut pas dire à un proche, parce que c’est toujours difficile d’aider vraiment quand on n’est pas neutre. Parce qu’on a besoin de s’entendre dire que nos réactions sont normales !
Et les autres ? Parfois, on croise la route d’une personne inattendue qui nous soutient et à qui  vous parlez librement, une personne pas forcément très proche. Parce qu’au bout du compte il n’y a pas de honte et que tous les moyens sont bons pour trouver du réconfort et du soutien dans cette longue et difficile bataille.
Et vous, en parlez-vous et à qui ?
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4 réflexions sur “Parler ou pas de la PMA ?

  1. quand on a decouvert notre infertilité en octobre 2013 ( ca fait pas si longtemps en fait ) on a pas voulu en parler et c'est toujours le cas pour le moment on a juste un couple d'ami qui sont passé en PMA et ont une petite fille qui le savent sinon personne. Mais peut etre qu'avec le temps ça va etre trop lourd à porter comme tu l'écris et dans ce cas oui on le dira…

    plein de bises

  2. Je pense que c'est mieux si ça reste privé, comme je l'ai expliqué dans la première partie. Tant mieux si vous réussissez à gérer comme ça, car je crois aussi que ça permet de garder une vie aussi normale que possible. Moi, je n'ai pas réussi, trop submergée par les émotions et les effets secondaires. Je crois qu'on fait comme on peut en fait !
    Merci en tout cas pour tes coms !

  3. Aux oreilles compréhensives =)
    Après de longues années sous silence (2 ans), et les questions incessantes (« et vous ? Vous vous y mettez quand ?), il a fallu en parler pour que les gens puissent comprendre certains de nos comportements. Dans ce parcours, il y a ceux qui sont insensibles, ceux qui compatissent, ceux avec qui le sujet devient tabou, ceux qui donnent des conseils de merde (ceux-là, y'en a pas mal !) et ceux qui écoutent. Personne ne peut se mettre à votre place. Et vos épreuves restent malgré tout les vôtres.
    De mon côté, après mes expériences, je décide d'en parler comme d'une affection longue durée (après tout, on a bien la prise en charge à 100% !!! :)). Si le sujet vient, j'explique juste que pour moi, ce n'est pas si facile.
    Bon courage les filles !
    Notre ventre sera rond un jour « b »

  4. Merci pour ce com pertinent Mamzelle Riftouille. 2 ans sans en parler? cela ma semble surhumain ! Comme tu as raison, finalement il n'y en pas mal qui donnent des conseils pourris (Faut TE détendre ! ARGHHH !!!!), mais aussi de chouettes rencontres avec des nanas très zen ! Biz

N'hésite pas, laisse-moi un ptit mot

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